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Interview of Lucas Aubry, Senior Associate at Hogan Lovells.

Pour commencer, pourriez-vous nous parler de votre parcours et de la raison qui vous a poussé à choisir l’arbitrage comme projet de carrière ?

Tout d’abord, merci pour l’invitation ! De double-nationalité française et brésilienne, j’ai grandi entre la France, l’Espagne et l’Amérique Latine (Brésil puis Colombie) avant d’intégrer le Bachelor de Sciences. D’abord intéressé par les relations internationales et le service public, c’est à Sciences Po j’ai eu l’opportunité de suivre mes premiers cours de droit et notamment de droit international tant privé que public, matières qui ont attisé mon intérêt de par le cadre de raisonnement rigoureux qu’elles offrent.

J’ai donc poursuivi mes études au sein de l’Ecole de Droit de Sciences Po en Master, et c’est à cette occasion que j’ai découvert l’arbitrage. J’ai complété cette formation à l’occasion d’un programme conjoint avec l’Université Columbia et Paris I Panthéon-Sorbonne pour mon M2, puis au sein de l’Université Paris II Panthéon-Assas, avant d’effectuer les divers stages EFB dans des départements de contentieux et arbitrage.

Ayant dans un premier temps hésité avec le contentieux, la raison qui m’a poussé à choisir l’arbitrage comme projet de carrière est incontestablement le caractère très international de cette matière, qui m’offrait la possibilité de continuer à pratiquer diverses langues dans un contexte professionnel, mais aussi de se placer à l’intersection entre droit et relations économiques internationales.

Vous êtes devenu collaborateur senior chez Hogan Lovells il y a peu. Pourriez-vous nous en dire plus sur l’équipe au sein de ce cabinet, mais également décrire les différences qui existeraient entre le travail d’un collaborateur junior et senior ?

L’équipe d’arbitrage international de Hogan Lovells à Paris est dirigée par Laurent Gouiffès, qui a une très vaste expérience en arbitrage tant commercial que d’investissement (notamment dans le secteur de l’énergie).

Il est épaulé par Melissa Ordoñez et Thomas Kendra, qui focalisent respectivement leur pratique sur l’Amérique Latine et l’Afrique francophone. Nous formons une équipe soudée et diverse (avec près d’une dizaine de nationalités cumulées) et sommes donc en mesure de travailler sur un large éventail de dossiers dans différentes zones géographiques, parfois en collaboration avec d’autres bureaux de la firme.

Quant à la différence entre le travail d’un collaborateur junior et senior, je dirais qu’elle découle naturellement de l’expérience acquise au cours des premières années de collaboration : celle-ci mène ainsi à être en capacité d’encadrer et guider le travail de membres plus juniors, mais aussi de prendre une part plus active dans le développement de l’activité de l’équipe.

Au cours de votre Master en Droit économique à Sciences Po, vous avez consacré une année de césure à la réalisation de stages. Recommanderiez-vous aux étudiants qui nous lisent d’en faire une, et si oui pourquoi ?

Tout à fait, je conseillerais à tous les étudiants qui en ont l’opportunité de réaliser une telle année de césure : en effet, celle-ci permet de mieux comprendre la réalité du travail d’un avocat et de la vie en cabinet (ou en entreprise ou institution, selon le choix de stage opéré) et ainsi d’affiner son choix de spécialisation et/ou professionnel. A titre personnel, cette année de césure (puis les stages ultérieurs réalisés au sein de l’EFB) a été cruciale dans mon choix de me spécialiser en arbitrage international plutôt qu’en contentieux.

Pouvez-vous nous parler d’une affaire sur laquelle vous avez travaillé qui vous a particulièrement marqué ?

Sans bien sûr pouvoir rentrer dans les détails des affaires en question, mes expériences les plus marquantes ont été des opportunités de travailler à plusieurs reprises pour des Etats, que ce soit dans le cadre d’arbitrages investisseur-Etat ou encore à l’occasion de missions de conseil sur l’implémentation de nouvelles dispositions législatives. Ces missions se sont inscrites dans la parfaite continuité de mon intérêt initial développé à Sciences Po pour les relations internationales et la chose publique, et m’ont permis de voir de l’intérieur le fonctionnement d’organes étatiques variés (tant géographiquement que sectoriellement). Plus prosaïquement, ces dossiers ont également donné lieu à divers voyages de travail dans les Etats en question, expériences toujours intéressantes.

Vous parlez le portugais ainsi que l’espagnol. À Sciences Po, vous vous êtes formé avec un accent particulier sur l’Amérique latine et la péninsule ibérique. De plus, vous avez représenté des sociétés et États africains ou européens dans le cadre d’arbitrages, mais également agi en tant que conseil d’un État d’Amérique latine dans le cadre d’un arbitrage d’investissement. Pensez-vous qu’il existe des particularités dans la pratique de l’arbitrage international en ce qui concerne l’Amérique du Sud ?

En matière d’arbitrage d’investissement, l’une des particularités des arbitrages relatifs à l’Amérique Latine sur lesquels j’ai eu l’opportunité de travailler qui m’a marqué est certainement l’emploi fréquent de la langue du pays en question (dans mon cas l’espagnol) comme langue de la procédure, souvent aux côtés de l’anglais.

De manière générale, je remarque également qu’un certain nombre de traités récents conclus avec des pays latino-américains contiennent des dispositions relatives à la transparence et publication des décisions : par conséquent, une somme relativement importante d’informations relatives aux arbitrages d’investissement latino-américains est disponible publiquement (bien que
cette tendance à une transparence accrue soit à n’en pas douter globale).

Enfin, vous avez étudié à UC Santa Barbara les relations internationales et conflits à l’échelle globale, l’économie politique internationale, mais également coécrit un article publié par LexisNexis sur l’effet des sanctions internationales contre la Russie en arbitrage international. Pensez-vous qu’il existe une relation entre la stabilité des relations internationales et l’arbitrage international, et quels en seraient les effets sur l’arbitrage international selon vous ?

L’arbitrage ayant classiquement été défini comme le mode usuel de règlement des litiges du commerce international, sa pratique et ses développements épousent en effet souvent l’évolution des relations internationales. L’exemple des sanctions imposées par/contre la Russie en lien avec la guerre en Ukraine est ainsi parlant : ces sanctions (tout comme la guerre elle-même) ont eu de profonds impacts sur les chaînes d’approvisionnement et les relations commerciales et ont pu mener à l’introduction d’arbitrages commerciaux, mais aussi potentiellement à des cas d’arbitrage d’investissement.

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